Dans la sélection BD dès 9 ans du Prix Livrentête, c’est Bonnie et les enfants perdus de Béatrice Revel (Sarbacane) qui est arrivée largement en tête des votes. Lors de la cérémonie de remise du Prix, Béatrice Revel, son autrice, nous a confié à quel point ses souvenirs et ses peurs d’enfant nourrissent son imagination aujourd’hui.
L’histoire de Bonnie et les enfants perdus débute dans un orphelinat un peu glauque dirigée par des religieuses sévères. Alors que des enfants disparaissent mystérieusement, une rumeur se propage : un étrange train noir les emporterait sans espoir de retour… Bonnie découvre rapidement la vérité : les enfants sont hypnotisés et transformés en chats.
Sylvie Mannevy, membre du Comité du Prix Livrentête (à gauche) et Béatrice Revel lors de la remise du Prix Livrentête, le 21 mai 2026.
Oui, les enfants aiment avoir peur
L’univers fantastique et inquiétant dans lequel Béatrice Revel plongent ses lecteurs a conquis les votants du Prix Livrentête dans la sélection « BD à partir de 9 ans ». Un choix qui n’aurait peut-être pas été celui des adultes et qui rappelle à quel point les enfants aiment se faire peur à cet âge-là.
Cette bande dessinée est la toute première publiée par la jeune autrice-dessinatrice qui a mis beaucoup d’elle-même dans cette histoire et ses personnages (jusqu’au nom de son chat Kaspar !) : « J’ai été moi-même en internat dans un institut religieux. Peut être qu’inconsciemment ça m’a donné cette idée pour Bonnie » explique-t-elle. « Mais les œuvres et les films qui m’ont marqué avaient toujours un côté assez sombre et terrifiant. Quand j’étais enfant, j’aimais bien avoir peur. Sur le coup, ça pouvait m’empêcher de dormir mais finalement j’aimais ça. C’est cette sensation que j’avais envie de retransmettre. »
« Quand j’étais enfant, j’aimais bien avoir peur. C’est cette sensation que j’avais envie de retransmettre. »
Béatrice Revel, autrice-dessinatrice
Le dessin comme évasion
Pour faire frissonner ses lecteurs, Béatrice Revel les entraîne dans une aventure où le fantastique et l’imaginaire occupent une place centrale. Dans son écriture comme son dessin, l’autrice revendique ce besoin d’évasion : « j’ai envie de m’échapper de la réalité. La réalité, elle est là tous les jours. Moi, j’ai envie de créer autre chose. J’ai envie de magie. J’ai envie que tout soit possible… »
Le dessin est donc depuis longtemps une échappatoire pour l’autrice qui n’est pas arrivée à la bande dessinée par hasard : « J’ai toujours dessiné. À l’école, je n’écoutais pas trop, je dessinais beaucoup dans les marges » se souvient-elle.
Une suite pour Bonnie ?
Alors quand on lui demande si Bonnie vivra d’autres aventures, elle répond avec une petite pointe de tristesse : « Non, je crois que son voyage s’arrête ici. En ce moment je suis en train de réfléchir à une nouvelle histoire que j’espère aussi pour la jeunesse mais pour l’instant, rien n’est signé. »
Quoi qu’il en soit, avec cette première bande dessinée lauréate du Prix Livrentête et un univers graphique et narratif très affirmé, Béatrice Revel signe des débuts prometteurs dans la littérature jeunesse.

