Recueillant près de 30% des voix, Quelque chose sur le cœur d’Amélie Antoine est lauréat du Prix Livrentête 2026 dans la sélection à partir de 9 ans. Dans ce roman publié chez Syros, l’autrice aborde avec justesse le harcèlement scolaire, une réalité à laquelle de nombreux enfants sont confrontés.
Tout commence lorsque Lucas aperçoit la cicatrice que Basile porte sur le torse. Très vite, les moqueries se multiplient et l’enfant devient la cible de toute une bande. Entre les conseils contradictoires de ses parents et l’aide précieuse de sa sœur Clémentine, Basile va pourtant réussir à se sortir de cette situation.
« Nous avions hésité à mettre ce roman dans la sélection, car le sujet nous semblait un peu lourd » avoue Dominique Boutron membre du Comité du Prix Livrentête. « Et finalement, c’est lui que les enfants ont choisi. Je pense qu’ils y ont trouvé quelque chose de très positif ».
Absente lors de la remise du prix car en déplacement à Laval pour rencontrer des collégiens, Amélie Antoine avait répondu aux questions du comité du Prix Livrentête quelques jours plus tôt.
Très touchée par cette récompense, elle a confié accorder une importance particulière aux prix décernés par les jeunes lecteurs : « Les prix de jeunes lecteurs et lectrices sont à mes yeux les plus importants et les plus précieux : savoir que l’histoire de Basile a pu être découverte par plus de 1500 enfants, c’est quelque chose de très émouvant pour moi… »
Quelques livres lauréats du Prix Livrentête 2026 dont Quelque chose sur le coeur d’Amélie Antoine (à gauche) lors de la cérémonie du Prix Livrentête.
Le harcèlement scolaire, un sujet important pour Amélie Antoine
Le harcèlement scolaire est un thème que l’autrice avait déjà exploré dans un autre roman jeunesse : Ne vois-tu rien venir (Syros). « L’idée d’aborder de nouveau cette thématique m’est venue lorsque j’ai découvert le travail d’Emmanuelle Piquet, une psychothérapeute qui accompagne des enfants et des ados harcelés pour les rendre capables d’affronter eux-mêmes la personne qui les harcèle » raconte Amélie Antoine. « Dans le roman, Basile ne va pas voir de psy, mais ce rôle-là est en quelque sorte rempli par sa grande sœur, Clémentine, qui l’aide à affronter Lucas une bonne fois pour toutes, de manière à faire cesser la situation de harcèlement. Je suis persuadée que la fiction, notamment grâce à l’empathie qu’on développe pour les personnages, peut permettre de faire réfléchir les enfants d’une manière différente des témoignages ou des conseils d’adulte… »
Et c’est sans doute cette approche, à la fois sensible et porteuse d’espoir, qui a touché les jeunes votants du Prix Livrentête.
C’est aussi ce qui a fait dire à Emmanuelle Piquet : « C’est l’un des seuls ouvrages sur ce sujet qui génère, chez les jeunes enfants harcelés et leurs proches, un espoir, un vrai, celui qui peut changer une vie. »
« C’est l’un des seuls ouvrages sur ce sujet qui génère, chez les jeunes enfants harcelés et leurs proches, un espoir, un vrai, celui qui peut changer une vie.«
Emmanuelle Piquet, psychothérapeute
spécialiste du harcèlement scolaire
Amélie Antoine, une écriture sans faux-semblants
Originaire de Lille, où elle vit toujours, Amélie Antoine a d’abord travaillé dans la communication avant de se consacrer pleinement à l’écriture. Elle explore aujourd’hui des univers très variés, aussi bien pour les adultes que pour les adolescents ou les plus jeunes lecteurs. Harcèlement scolaire, attentats, Shoah, exil des migrants… Ses romans abordent de grands sujets de société sans jamais les édulcorer.
« Chacun de mes romans est différent des précédents, et c’est justement ce que j’aime dans le fait d’être écrivain : avoir la possibilité d’explorer tous les sujets qui me questionnent » explique l’autrice. « Je n’ai pas du tout l’impression de travailler différemment, ou même d’écrire différemment selon le lectorat auquel je m’adresse. Je ne change pas de style, je ne simplifie jamais mon propos, je n’édulcore pas les sujets que j’ai choisi de traiter en fonction de l’âge… »
Parmi ses romans récents, citons 1096 jours (Syros), autour de la Shoah, ou encore Quatre millimètres à peine – la distance entre la France et l’Angleterre sur une carte – (Syros), consacré au destin des migrants.
L’autrice travaille actuellement sur un nouveau roman lié à Ne vois-tu rien venir ? et annonce également la parution prochaine d’un livre prolongeant l’histoire de 1096 jours.
« J’écris pour être lue, j’écris parce que j’ai besoin de réfléchir à certains sujets et parce que j’ai ensuite envie de partager les histoires que j’imagine. J’écris parce que, de l’autre côté du rivage, il y a des enfants qui ont envie de faire un bout de chemin avec mes personnages » confie Amélie Antoine.
Une conviction qu’elle résume aussi lorsqu’elle évoque le rôle de la littérature dans la construction des enfants : « Ressentir des émotions fortes aux côtés de personnages de papier, avoir l’impression de quitter un membre de sa propre famille quand on arrive à la dernière page d’un roman, je pense que c’est indispensable pour grandir et devenir citoyen du monde… »
« Ressentir des émotions fortes aux côtés de personnages de papier, avoir l’impression de quitter un membre de sa propre famille quand on arrive à la dernière page d’un roman, je pense que c’est indispensable pour grandir et devenir citoyen du monde…«
Amélie Antoine, autrice
Absente de la cérémonie, Amélie Antoine a néanmoins tenu à adresser un message de remerciement aux jeunes lecteurs du Prix Livrentête.

