
On le connaissait pour ses polars et ses BD plutôt destinés aux adultes et souvent primés, mais c’est avec son premier roman adolescent, Le théorème du kiwi, (l’école des loisirs) que Jacky Schwartzmann a reçu cette année le Prix Livrentête dans la sélection « à partir de 12 ans ».
Le théorème du kiwi met en scène Ernest, 14 ans, issu d’un milieu bourgeois, qui rêve de devenir humoriste alors que ses parents le poussent vers la médecine, comme eux. Ne sachant pas où effectuer son stage de 3e, il se retrouve embarqué dans un road trip déjanté en compagnie de deux adolescentes échappées d’un service psychiatrique. Dans leur fugue, ils croiseront un veuf travesti, des contrôleurs tatoués, des dealers rancuniers et même… l’amour.
Comme un véritable adolescent cherchant les limites, Jacky Schwartzmann pousse dans ce récit mené à 100 km/h les curseurs de l’extravagance sans jamais tomber dans la caricature. L’enchaînement de situations improbables, porté par un humour désabusé, fait de ce roman un régal de lecture, y compris pour les adultes.
Pierre Darracq, membre du Comité du Prix Livrentête (à gauche) et Jacky Schwartzmann lors de la remise du Prix Livrentête, le 21 mai 2026.
Un roman ado « hors des clous »
Lors de la cérémonie de remise des Prix Livrentête, l’auteur est revenu avec beaucoup d’autodérision sur la genèse de ce premier roman jeunesse… qui n’aurait peut-être jamais vu le jour sans l’insistance de son éditrice.
« C’est une commande d’éditeur, je suis désolé ! », plaisante-t-il d’emblée. Habitué des polars « vraiment pour adultes », l’écrivain reconnaît avoir d’abord hésité lorsque la maison d’édition l’École des loisirs lui a proposé d’écrire pour les adolescents. « Ça m’effrayait un peu », confie-t-il. Finalement, encouragé par son éditrice et inspiré par son propre neveu du même âge que son héros, il se lance dans cette histoire de stage de 3e qui tourne mal. « J’ai pris beaucoup de plaisir à l’écrire. »
Si le roman évoque l’amitié, la différence ou encore la quête de soi, il peut par bien des aspects aussi être perçu comme « hors des clous ». Une expression qui amuse beaucoup l’auteur : « Je ne vois pas les clous, moi, de toutes façons ». Même dans ce roman pour ados, Jacky Schwartzmann n’a pas changé sa manière d’écrire : « Les thèmes sont adaptés à l’âge, mais sinon j’ai écrit comme d’habitude. Il y a juste un peu moins de gros mots et moins de scènes d’amour » reconnaît-il en riant.
Ernest, un héros qui lui ressemble
Derrière l’humour et le rythme effréné du récit affleure aussi quelque chose de plus personnel. Ernest, le héros du roman, peine à trouver sa place face aux attentes des adultes et à ses difficultés scolaires. Un écho assumé à l’adolescence de l’auteur lui-même, qui raconte avoir réglé quelques comptes avec un ancien professeur de mathématiques dont il s’est inspiré pour créer le redoutable M. Peuneux. « J’étais super nul en maths », raconte-t-il avec amusement. « Et comme Ernest, mon prof écorchait mon nom. Il m’appelait Schwarzman au lieu de Schwartzmann. À 11 ans, je ne pouvais pas me défendre, ni contre le théorème de Thalès, ni contre ce professeur. » Le titre du roman lui-même est un clin d’oeil à cette scène inaugurale où Ernest échoue autant à expliquer le théorème de Thalès… qu’à raconter une blague mettant en scène des kiwis.
Sous son apparente légèreté, Le théorème du kiwi glisse aussi, par petites touches, une observation drôle et grinçante du monde des adultes comme cette tirade savoureuse sur les tatouages, « cette mode permanente par définition démodée », selon l’auteur.
Un nouveau roman ado à paraître
Bonne nouvelle pour les lecteurs : Jacky Schwartzmann n’a pas l’intention d’abandonner la littérature jeunesse. Un nouveau roman adolescent est déjà prévu pour septembre 2026. Intitulé Breaking Bague, il racontera l’histoire d’une alliance perdue, retrouvée des années plus tard… avec des conséquences inattendues.
Nous, on a hâte ! Et vous ?

