Autrice, illustratrice, éditrice : regards croisés sur La Souris verte de peur

Le 21 mai 2026, Claire de Gastold, illustratrice, et Alice Liège, Directrice littéraire Petite enfance chez Gallimard Jeunesse ont reçu le Prix Livrentête 2026 dans la sélection « albums à partir de 3 ans » pour La Souris verte de peur écrit par Agnès Debacker.

La Souris verte de peur (Gallimard Jeunesse) a obtenu1645 voix sur les 5677 votes recueillis dans la sélection « Albums à partir de 3 ans ». Le livre d’Agnès Debacker et Claire de Gastold est arrivé en tête devant Un bisou pour mon frère d’Adrien Albert publié à l’école des loisirs (1465 voix).

De gauche à droite : Véronique Philippeaux, responsable du Comité du Prix Livrentête, Claire de Gastold, illustratrice et Alice Liège, Directrice littéraire Petite enfance chez Gallimard Jeunesse lors de la remise du Prix Livrentête.

Ne pouvant être présente à la cérémonie de remise des Prix, Agnès Debacker, qui est aussi bibliothécaire dans la Creuse, avait tout de même répondu à nos questions par téléphone :

En regardant vos publications, Agnès, on sent un intérêt pour les contes, le genre littéraire de l’oralité. Vous avez détourné Alice au pays des merveilles dans Ma chère Alice, Le petit chaperon rouge dans Le jour d’Igor et aujourd’hui vous jouez avec la comptine de la souris verte dans La souris verte de peur. D’où vous vient ce goût pour les contes ?

Agnès Debacker : Enfant je lisais beaucoup de contes, notamment ceux d’Andersen et du Chat perché. Puis j’ai découvert la possibilité de m’amuser avec eux, de m’en emparer et de les transformer. Puisqu’ils sont issus de la tradition orale, ils appartiennent à tout le monde.
Ils sont un langage vivant et comme toute langue vivante, ils sont mouvants, malléables, créatifs et amusants. C’est un jeu dont je ne me lasse pas. C’est une matière littéraire qui me comble.

Agnès Debacker, autrice

Dans La souris verte de peur les enfants ont été heureux de retrouver la comptine traditionnelle qu’ils connaissent bien. Mais vous les avez emmenés plus loin, vers les émotions. Était-ce une volonté de votre part ?

AD : Non, ce n’était pas volontaire. L’idée de départ, c’est la petite souris effrayée face à ses grands messieurs. Le processus créatif a amené le récit vers un catalogue d’émotions. Je voulais surtout m’amuser une fois de plus avec cette comptine que j’adore, que tout le monde connaît, qui passe de génération en génération, alors qu’elle n’a ni queue ni tête. C’est un hymne à l’absurdité et ça me plaît beaucoup.

Présente à la cérémonie, Claire de Gastold qui a illustré cet album a pu nous en dire plus sur sa création.

Comment s’est passé le duo avec Agnès Debacker ? Est-ce qu’il vous a été imposé par votre éditeur ?

Claire de Gastold : Alors, non, pas du tout. On ne nous a rien imposé. En fait, Agnès et moi nous sommes rencontrées lors du Salon du Jeune Lecteur à Outreau. On a passé trois semaines ensemble, et on est devenues amies. Ce qui nous a amenées à travailler ensemble. Agnès écrit en général des textes plus longs, des romans. La souris verte de peur était son premier album. On est parties sur un trait numérique assez simple et très visible pour l’illustration. On a beaucoup travaillé toutes les deux et avec notre éditrice. Au début de l’histoire, les Messieurs, étaient derrière une porte, dans une maison. Et puis ça a beaucoup évolué. Pour les messieurs, je crois que j’avais fait des rockeurs au début. Trois rockeurs qui se baladaient et qui cueillaient des pâquerettes. Et donc, ils ont fini comme ça, un peu chicos.

Alice Liège : Tout s’est fait dans l’échange. Et c’est au cœur de ces échanges qu’est née aussi l’idée d’ajouter un pantone sur la couverture : ce vert un peu fluo pour donner une vraie énergie.

En tout cas, Claire, vous avez aussi réussi à créer de l’émotion dans toutes vos illustrations.

CG : Ce n’était pas facile mais c’était vraiment le point de vue de la petite souris qu’on voulait donner. Car on l’a rarement !

Les albums jeunesse, ce sont des livres qui sont achetés par les parents, par les enseignants. Alors Alice, en tant qu’éditrice, qu’est-ce que vous privilégiez aujourd’hui dans vos choix ?

AL : Effectivement, les acheteurs, ce sont des adultes. Mais ce qu’on privilégie nous dans nos choix, c’est notre public. Donc, ce sont les enfants. La petite enfance, chez nous, ce sont les enfants de 0 à 6-7 ans.
En fait, ce sont des enfants qui ne savent pas lire les mots, mais qui savent lire les images, et à qui on va lire à haute voix une histoire. Donc, le rôle de l’adulte est très important, parce qu’il va être une sorte de médiateur : il va faire une voix, il va aider aussi dans le choix du livre. Mais l’enfant, lui, il ne fait pas que recevoir. Il est complètement dans les images, il écoute, il a des sonorités. Il va vivre ses émotions au travers des images.

Alice Liège, Directrice littéraire Petite enfance
chez Gallimard Jeunesse

Est-ce qu’il y a des thèmes à ce que vous privilégiez ? Ou est-ce que vous voyez une évolution des thèmes abordés dans les livres destinés à la petite enfance aujourd’hui ?  

AL : Chez Gallimard Jeunesse, nous ne faisons pas de commandes : nous sommes toujours à l’affût des projets qu’on va nous proposer. Mais c’est vrai que le conte est un genre qui est très, très représenté. Alors si on a choisi ce titre-là, c’est parce qu’il avait un angle extrêmement original, une bonne autrice et une bonne illustratrice…

Est-ce que vous avez d’autres projets autour des contes, Claire ?

CG : Avec Agnès, on a un album qui vient de sortir en avril chez Milan : Un jour, dans la savane et qui s’inspire des contes des mille et une nuits…

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