Walter cobb

À l’occasion d’une rencontre avec l’autrice organisée le 22 septembre 2026 à la librairie Les Beaux Titres, de Levallois-Perret, Véronique Philippeaux, responsable du Prix Livrentête, a eu le plaisir d’assister à une présentation du roman Walter Cobb, nos chemins d’or et de poussière, sélectionné cette année pour le Prix Livrentête dans la sélection dès 14 ans. Une belle occasion d’en apprendre davantage sur ce roman et de découvrir les coulisses de son écriture.

Dans cet entretien avec les libraires, Mathilde de Lagausie se confie sur la genèse de son roman et, en particulier, sur la naissance de son personnage principal. Avec une révélation pour le moins inattendue : « Walter Cobb, ce n’est pas moi qui l’ai inventé. »

Un personnage qui s’est imposé à son autrice

Rencontre avec Mathilde de Lagausie à la Librairie Les Beaux Titres (voir sur Instagram)

Tout commence sur Plume d’Argent, une communauté d’écriture dont elle fait alors partie. Sur le forum, un jeu propose aux participants d’imaginer un personnage à partir d’un simple nom et d’un âge. Un jour, quelqu’un lance : « Walter Cobb, 49 ans ». Mathilde relève le défi et rédige quelques lignes. Le personnage prend immédiatement vie, avec les traits et la personnalité qu’il conservera dans le roman.

Alors qu’elle travaille sur un autre projet, Walter revient régulièrement s’inviter dans son imagination, l’air de lui dire : « Non, mais en fait, c’était bien, là, ce que tu faisais. Il va peut-être falloir raconter mon histoire », se souvient-elle, amusée. « C’est vraiment le personnage qui est apparu en premier et l’histoire s’est bâtie autour. »

Walter Cobb s’est ainsi imposé à son autrice, avant même qu’elle ait imaginé le monde dans lequel il allait évoluer. Son choix se porte finalement sur les grands espaces du sud des États-Unis, au début du XXe siècle. « J‘avais envie d’un endroit, d’un contexte dans lequel à la fois la nature et les hommes pouvaient être soit bénéfiques, soit au contraire hostiles. »
C’est là que Walter, un géant d’une cinquantaine d’années à la gentillesse naïve, croise la route de Sam, un adolescent de quinze ans qui a fui la violence de son père et survit en travaillant dans les fermes. Deux êtres que presque tout oppose, mais qui vont apprendre à avancer ensemble.

Pour raconter cette aventure, Mathilde de Lagausie fait de Sam son narrateur. Un exercice nouveau pour l’autrice, qui n’avait encore jamais écrit à la première personne. En imaginant l’adolescent raconter lui-même son histoire, elle trouve un style très oral, parfois familier, qui donne au récit toute sa vivacité.

Des influences littéraires et cinématographiques

Au fil de leur périple, Walter et Sam sont rejoints par Marcy, une jeune femme noire qui modifie l’équilibre de leur duo. « Il fallait un troisième personnage qui amène des enjeux différents », explique Mathilde de Lagausie. Au-delà des difficultés quotidiennes de Walter et Sam pour survivre, Marcy introduit dans le récit les questions du racisme et de la condition féminine dans l’Amérique du début du XXe siècle. Pour créer ce personnage, l’autrice s’est notamment inspirée du film La Couleur pourpre de Steven Spielberg, qui l’avait profondément marquée. Soucieuse de le représenter avec justesse, elle a également confié son manuscrit à une amie de sa fille, afin de s’assurer qu’elle n’avait pas, malgré elle, véhiculé certains clichés ou préjugés.

Parmi ses autres sources d’inspiration, l’autrice cite La Ligne verte de Stephen King, dont le personnage de John Coffey n’est pas sans rappeler Walter, et Des souris et des hommes de John Steinbeck. Si elle avait pleinement conscience de l’influence du premier, celle de Steinbeck lui est apparue après les remarques de ses premiers lecteurs. Elle reconnaît aujourd’hui cette parenté, tant dans la relation entre ses personnages que dans l’atmosphère du récit et la place accordée aux paysages.

Quand le fantastique s’invite dans le récit

Bien que le roman s’inscrive dans un contexte historique bien réel, Mathilde de Lagausie ne s’interdit pas quelques incursions dans le fantastique. « Moi, j’aime les univers qui dépassent un peu la réalité », explique-t-elle.

Lors de la rencontre, la lecture d’un extrait en donne un aperçu : après avoir été giflé par un contremaître, Walter reste parfaitement impassible. Pourtant, l’atmosphère se charge d’une tension étrange, jusqu’à ce qu’une énorme poutre, solidement fixée à la charpente, se détache et s’abatte sur son agresseur. Dans le roman, ces manifestations fantastiques permettent de donner corps aux émotions que les personnages ont du mal à exprimer. « Le fantastique, c’est vraiment un reflet des émotions, des réactions des personnages en particulier. »

Publié aux éditions du Rouergue dans une collection destinée aux adolescents, Walter Cobb, nos chemins d’or et de poussière s’adresse aux lecteurs à partir de 14 ans. Mais il n’est pas réservé aux ados. Les libraires des Beaux Titres soulignent qu’elles le conseillent aussi aux adultes, auprès desquels il rencontre un beau succès. Une démarche que Mathilde de Lagausie encourage volontiers : « J’invite les adultes à aller dans le rayon grands ados » lance-t-elle avec conviction, soulignant la richesse et la qualité des ouvrages qu’on y trouve aujourd’hui.

Pour les uns comme pour les autres, Walter Cobb pourrait bien devenir un personnage qu’on n’oublie pas.

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